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Où avez-vous grandi?

Je suis né à Sidcup dans le Kent, mais j’ai été évacué au sud-ouest de l’Angleterre, que j’ai détesté, pendant la guerre. J’ai aimé l’école secondaire : j’étais à l’école Chislehurst and Sidcup Grammar School. Mon professeur d’anglais s’appelait J. H. Walsh, et il m’a beaucoup inspiré.

Où vivez-vous?

Cela fait 30 ans que je vis à South Kensington, dans un immeuble de la fin du 19e siècle près d’Earl’s Court. J’étais venu voir des amis là-bas il y a de nombreuses années ; le quartier m’a plu, alors j’y suis resté. Il se trouve que c’est un lieu extrêmement pratique.

J’adore aller à la mer ; je passe beaucoup de temps à Hastings, sur la côte sud de l’Angleterre. Je vais aussi en France plusieurs mois dans l’année, ou j’ai acheté une maison près de la côte atlantique, dans le Sud-Ouest. Je travaille là-bas également.

Que faites-vous pendant votre temps libre?

Je ne sais jamais exactement où se termine le travail et où commencent mes loisirs. Je donne quelquefois des conférences ou fait des présentations. Ca fait partie de mon travail mais ça me change du dessin. Pendant mon vrai temps libre je lis beaucoup de livres ; j’en ai en général huit ou dix sur ma table de nuit que j’ai commencés mais que je ne finirai peut-être jamais. Quelques-uns sont en français ; ceux-là, je les lis très lentement et je souligne les mots que je ne connais pas, bien que je sois souvent trop paresseux pour en chercher les définitions. J’ai également une maison en France. Je travaille là-bas mais je passe mon temps libre à acheter de la nourriture (il me semble que c’est une activité plus intéressante en France qu’en Angleterre), surtout du poisson, des moules et des huîtres. C’est très plat là-bas, alors je peux faire du vélo et regarder les oiseaux. Mes préférés sont les hérons.

Êtes-vous allé à l’université ou avez-vous fait une école d’art?

Il me semble qu’à l’époque, je pensais que si je faisais une école d’art je ne pourrais jamais aller à l’université (je voulais étudier l’anglais), alors que si j’allais à l’université j’aurais toujours la possibilité de faire de l’art. En fin de compte c’est comme ça que ça s’est passé. Donc j’ai fait des études d’anglais à Downing College, à l’université de Cambridge, de 1953 à 1956.

Ensuite, comme je ne savais pas si l’on pouvait gagner sa vie en étant dessinateur, illustrateur ou artiste quel qu’il soit – et selon l’opinion générale, ce n’était pas possible – j’ai également fait une formation d’enseignant d’une année à l’université de Londres.

Ceci étant fait, je me suis dit que je devrais essayer d’être artiste. J’ai donc fait l’école d’art Chelsea Art School à mi-temps, pas tant pour apprendre le métier d’illustrateur, que pour en savoir plus sur le dessin et la peinture.

Quand avez-vous commencé à dessiner?

Probablement à l’âge de 5 ans. Je me souviens qu’une fois, quelqu’un était venu nous rendre visite pendant la guerre et avait dit : « Il dessine beaucoup, mais ne parle pas du tout ! » Je faisais des dessins pour le magazine de mon école et également pour Punch. Je connaissais quelqu’un qui dessinait pour Punch donc j’ai commencé à envoyer mes dessins. Ils en ont accepté quelques-uns, des petits, quand j’avais seize ou dix-sept ans. C’était un début. Ils me donnaient un peu plus de sept livres par dessin. Je ne savais pas quoi faire du chèque : je n’avais pas de compte en banque !

Ensuite quand j’étais à l’école d’art de Chelsea on m’a demandé de faire deux dessins par semaine pour Punch. J’ai également commencé à dessiner pour The Spectator : au début je ne leur envoyais que des petits dessins, jusqu’au jour où ils ont décidé d’avoir une couverture illustrée, et à partir de ce moment-là j’ai aussi fait leur couverture.

Le premier vrai livre que j’aie illustré, c’était quand je faisais mon service national, avant d’aller à l’université. J’ai mis trois semaines à illustrer English Parade, un livret visant à aider les soldats qui ne maîtrisaient pas tout à fait la lecture. Ils n’ont pas augmenté ma paie, mais j’ai eu le droit de vivre chez moi et de porter des chaussures plutôt que des bottes.

De temps en temps je devais montrer mes dessins au lieutenant-colonel pour qu’il les valide. Après quelques instants de silence, il faisait une ou deux remarques : « C’est très bien, sergent Blake. Mais je pense… que l’herbe dans celui-ci devrait être plus courte. – Oui mon colonel, j’y veillerai. – Et je pense que les plis de ce pantalon pourraient être plus nets. » Bien sûr, le problème c’est que dans les dessins on ne peut pas couper l’herbe : on est obligé de tout refaire. Mais au moins cela m’a préparé à mes interactions futures avec les éditeurs et, pis encore, les comités.

Comment vous êtes-vous lancé dans la littérature de jeunesse?

Je m’intéressais à l’enseignement, le dessin et la littérature, donc il me semblait que ça pouvait être dans mes cordes. Je me disais : je ne sais pas si les enfants l’aimeront ou pas. J’avais vingt et quelques années donc je me suis dit : je vais essayer pendant un moment et je verrai où j’en suis quand j’aurai la trentaine ; si ce n’est pas bon j’arrête, et si ça va je continue. À l’âge de trente ans ça commençait à aller donc j’ai continué.

Je ne savais pas vraiment par où commencer. J’ai parlé à John Yeoman, un ami, et je lui ai demandé : « Pourrais-tu écrire un livre pour que je puisse l’illustrer ? » Il m’a répondu oui, et il l’a fait. Le livre s’appelle A Drink of Water (un gorgée d’eau).

Quand avez-vous commencé à écrire le texte également?

C’était en 1968, avec Patrick. En fait c’était en quelque sorte ma manière de protester contre cette vision que l’on avait de moi, d’un illustrateur qui ne travaille qu’en noir et blanc. On ne me demandait jamais d’illustrer en couleurs. J’ai donc riposté en écrivant cette histoire qui parle d’un jeune homme qui a le pouvoir de faire changer les choses de couleur quand il joue du violon. Il était donc nécessaire de l’illustrer en couleurs.

Comment c’était, de travailler avec Roald Dahl?

Au début j’étais un peu intimidé : c’était une figure imposante. Mais on s’entendait très bien. Il aimait bien me taquiner, mais d’une manière tout à fait inoffensive. Je portais souvent une paire de chaussures blanches, et il disait « Voilà ce vieux Quent » – personne d’autre ne m’a jamais appelé ainsi – « Voilà ce vieux Quent, qui met ses tennis pour sortir dîner ! »

Ce qui était bien avec Roald c’est qu’il voulait vraiment que les dessins figurent dans le livre ; il n’était pas content s’il n’y en avait pas assez. Ce n’est pas le cas de tous les auteurs. Nous avons travaillé ensemble pendant 13 ans à partir de 1977, jusqu’à sa mort.

Faites-vous des dessins pour adultes?

En vérité je ne fais pas vraiment de distinction entre les dessins que je fais pour les enfants et ceux que je fais pour les adultes. Pour moi, c’est avant tout du dessin. D’ailleurs je n’ai pas commencé en tant qu’illustrateur pour enfants. Je dessinais pour des magazines, je faisais des dessins humoristiques, des illustrations pour des couvertures de livres de poche, par exemple les romans de Malcolm Bradbury, Evelyn Waugh et Margaret Drabble.

Ce que je préfère faire pour les adultes, ces jours-ci, c’est illustrer les classiques, qui sont surtout publiés par la Folio Society. Les plus récents sont Candide et The Hunchback of Notre Dame (Notre-Dame de Paris). J’ai également illustré A Christmas Carol (Un Conte de Noël) de Charles Dickens, mais c’est difficile de dire si c’est pour les adultes ou pour les enfants ; c’est vraiment pour tout le monde.

En quoi consistait votre rôle d’Ambassadeur du livre pour enfants (« Children’s Laureate »), et qu’en avez-vous pensé?

Cela représente beaucoup de travail mais c’est merveilleux. Pendant deux ans, entre 1999 et 2001, ma mission était de faire tout mon possible pour promouvoir la littérature de jeunesse. J’ai donné beaucoup de conférences et d’interviews, et j’ai écrit beaucoup d’articles. 

J’ai également vécu une expérience particulièrement intéressante quand j’ai produit un livre en collaboration avec 1800 écoliers francophones ! Des enseignants qui travaillaient près de ma maison en France ont eu l’idée de collaborer avec un auteur-illustrateur pour créer un vrai livre basé sur des suggestions faites par les enfants dans les écoles de la région, et ils m’ont demandé de le faire. Le livre devait aborder des enjeux humanitaires : l’intimidation, le racisme, la pollution, la guerre. En passant par Internet nous avons pu mettre à contribution d’autres écoles francophones à Londres, Dublin, au Luxembourg, et même à Singapour. J’ai utilisé au maximum leurs idées, et la plupart du texte était une juxtaposition des écrits des enfants.

La quantité de travail fourni par les enseignants et par moi-même était vraiment énorme, mais je suis incroyablement fier du livre qui en résulte, Un bateau dans le ciel. Et ce projet n’a pris qu’un an, de la première rencontre à la publication du livre ; c’était, comme l’a dit l’un des enseignants, une belle aventure ! 

Qu'avez-vous aimé faire en dehors de l'illustration du livre?

L’une des choses les plus incroyables qui me soient arrivées durant cette période était de monter une exposition à la National Gallery à Londres. Elle s’appelait Tell me a Picture (Raconte-moi une image) et j’ai choisi 26 oeuvres, une pour chaque lettre de l’alphabet : des toiles de maîtres de la collection permanente du musée, quelques œuvres modernes et des illustrations contemporaines provenant de divers pays. En 2005, je me suis trouvé engagé dans une tâche similaire pour la réouverture du Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris. Cette fois, le thème était des femmes tels qu'ils figurent dans les tableaux de la collection de la réserve du musée.